#CULTURE | Quand c’est l’heure, c’est plus l’heure

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Dans la nuit de samedi à dimanche, nous passons à l’heure d’hiver. Retour sur une histoire d’heures qui continue d’affoler les horloges et d’enflammer les esprits.

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Jusqu’à la loi du 14 mars 1891, la France n’a pas d’heure « légale ». A une époque où la société est encore très largement agricole, chaque ville fonctionne selon la sienne, fixée par le cadran solaire, avec une variation de 50 minutes de l’est à l’ouest de l’hexagone.

Pour plus de simplicité, les compagnies de chemins de fer décident de mettre tous les trains à l’heure de la capitale. Deux heures différentes coexistent alors : l’heure locale et celle de la gare, l’une et l’autre visibles sur les cadrans extérieurs des gares et dans les cours de départ. Pour aider les usagers peu habitués aux horaires ferroviaires minutés, les responsables des chemins de fer introduisent un « perfectionnement » supplémentaire à ces pratiques déjà compliquées. Ils décident de mettre tous les trains en retard de 5 minutes par rapport à l’horaire annoncé. Le départ des trains est alors réglé sur une troisième heure (5 minutes en décalage de celle de Paris) : « l’heure de Rouen » ! Dans une localité donnée, le départ d’un même train se faisait ainsi à trois heures nominales différentes.

Un peu complexe n’est-ce pas ? En 1891, pour simplifier l’ensemble, la France unifie finalement l’heure de la vie civile avec celle des chemins de fer, celle du méridien de Paris.

Les Français vivent alors à l’heure de Paris, heure du soleil, été comme hiver.

Mais les aiguilles n’ont pas fini de tourner. En 1911, le pays rajeuni de 9 minutes et 21 secondes en s’alignant sur le méridien de Greenwich. La nation passe à l’heure anglaise.

Afin de faire – déjà ! – des économies d’énergie pour soutenir l’effort de guerre, l’horaire d’été est quant à lui expérimenté pour la première fois en 1917, non sans avoir déclenché des joutes passionnelles. Les Français avancent désormais leur montre d’une heure au printemps. Vous suivez ?

1940 : la guerre continue de détraquer les horloges … Les Nazis imposent l’heure allemande dans la zone occupée, soit une heure de plus que l’heure française pratiquée en zone dite libre. Ce décalage entre les deux zones complique la circulation des trains : ceux venant de la zone libre circulent avec une heure de retard dans la zone occupée, ceux arrivant de la zone occupée sont à l’arrêt pendant une heure sur la ligne de démarcation. A la demande de la compagnie des chemins de fer, le gouvernement décide en 1941 d’aligner l’ensemble du territoire sur les aiguilles du cadran allemand. Il faut donc à l’époque ajouter deux heures en été par rapport à celle de Greenwich et une seule en hiver. Comme aujourd’hui … Pourtant l’histoire ne s’arrête pas là.

Avec la Libération, on entend remettre les pendules à l’heure ! Exit l’horaire d’été. Mais la France conserve finalement l’heure de Berlin, soit un décalage d’une heure avec le soleil et avec l’Angleterre, pourtant traversé par le même méridien.

En 1976, enfin, à la suite du choc pétrolier, l’heure d’été est à nouveau rétablie, pour réaliser des économies d’énergie en réduisant les besoins d’éclairage en soirée. A partir de 1980, ce changement d’heure est introduit dans l’ensemble des pays européens, puis effectué progressivement partout à la même date. Depuis 2018, la Commission européenne a décidé de mettre fin au changement d’heure bi annuel, en proposant aux Etats membres d’arrêter leur choix sur un horaire, d’hiver ou d’été. Le temps est désormais aux réflexions…