Si la France compte, selon les derniers chiffres de l’Insee, plus de 51 % de femmes dans la population active, celles-ci ne représentent que 28 % des entrepreneurs, et seulement quatre repreneurs d’entreprises sur dix, alors qu’elles sont clairement attirées par l’entrepreneuriat(1).
L’égalité est donc bien loin d’être atteinte. Soyons-en bien conscients, en cette Journée internationale des droits des femmes, et surtout agissons ensemble pour y remédier.
Encourager l’entrepreneuriat des femmes, c’est d’abord aller à l’encontre d’au moins trois vents contraires.
Tout d’abord, celui de l’invisibilité. Parler de chefs d’entreprises revient très largement et trop majoritairement à citer des exemples masculins. Nous avons d’ailleurs tous en tête des noms de chefs d’entreprise, beaucoup plus difficilement ceux de cheffes d’entreprise.
Et les chiffres le démontrent avec force : en 2026, sept Français sur dix ne parviennent pas à citer le nom d’une cheffe d’entreprise ; seulement 29 % d’entre eux en sont capables… soit sept points de moins que l’année précédente(2).
Or, même si les femmes dirigeantes sont moins nombreuses, valorisons-les, soutenons-les, montrons leurs parcours et leurs contributions ! Car rien de mieux que des modèles inspirants pour lever les inhibitions et faire naître des vocations.
C’est ensuite repousser celui de l’exception. Culturellement, les femmes sont peu invitées à entreprendre, dès l’école, dans les familles, dans les sphères économiques. D’ailleurs, celles qui entreprennent le font davantage dans des domaines très spécifiques, tels que les services à la personne, la santé ou la mode.
Cassons ce sentiment d’exception ! Donnons aux femmes, en tous lieux, dans les médias, les écoles, les universités, les familles, les exemples et la confiance d’entreprendre. Inscrivons une bonne fois pour toutes dans les esprits qu’entreprendre n’a définitivement pas de genre.
Et n’oublions pas le frein de l’investissement : les femmes lèvent moins de fonds que les hommes auprès des investisseurs. En revanche, elles obtiennent des financements dans des proportions similaires à celles des hommes… même si elles pensent souvent le contraire(3). Elles sont 53 % à considérer plus difficile pour elles de lever des fonds auprès d’investisseurs, contre 37 % pour les hommes(4). Et 42 % des femmes déclarent que l’accès aux prêts bancaires est plus difficile pour elles, contre 32 % pour les hommes. En tant que banquiers, nous savons qu’il s’agit là d’une perception et non d’une réalité. Leur donner confiance dans les possibilités d’accès aux financements est, sans conteste, un axe d’amélioration ! Les offres sont là, les soutiens et coaching tout autant et les sensibilisations aux stéréotypes de genre se multiplient. Faisons-le davantage savoir. Sans oublier le plafond de verre dans les rémunérations et les trajectoires de carrière, qui persiste encore.
En réalité, pour nourrir la dynamique de l’entrepreneuriat au féminin, il faut mettre en commun et faire front commun : mettre en commun en valorisant les exemples de succès féminins, nombreux mais insuffisamment valorisés ; faire front commun en continuant à faire converger les initiatives de l’Etat, des entreprises – dont les banques – et des réseaux d’accompagnement.
C’est dans cet esprit que nous prenons à nouveau la parole, en cette journée du 8 mars qui ne devrait pas être la seule. Nous continuerons, comme nous le faisons chaque jour depuis plus de dix ans, inlassablement, concrètement, à soutenir et financer les femmes qui entreprennent.
Par Sylvain Vial, directeur du développement Caisse d’Epargne, banque majeure de l’entrepreneuriat des femmes, et Pierre Macé, directeur général de la Fédération nationale des Caisses d’Epargne
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Sources :
- Baromètre direction générale des entreprises 2025
- Enquête Fédération nationale des Caisse d’Epargne / Kantar Insight février 2026
- Banque de France, décembre 2025
- Baromètre 2026 France Active-FBF par Opinion Way