TRIBUNE | Le modèle coopératif, de l’assiette au portefeuille… faisons-le grandir !

Ce 4 juillet marque la Journée internationale des coopératives, instaurée par l’ONU. C’est pour nous l’occasion de célébrer et de promouvoir un modèle économique original qui tend à gagner en popularité et s'avère, plus que jamais, l’une des réponses pertinentes aux défis de notre époque.

Cette tribune a été publiée sur le site www.la-croix.com

Le modèle coopératif ne date pas d’hier et il a commencé… dans l’assiette ! En 1844, 28 tisserands et artisans anglais – que l’histoire retiendra sous le nom des « Équitables Pionniers de Rochdale » – s’unissent pour créer une coopérative de consommation. Leur objectif : permettre à chacun de ses membres d’accéder à des denrées alimentaires de qualité et à un prix juste. Cette expérience fondatrice pose les bases du mouvement coopératif moderne : propriété collective, gouvernance démocratique, répartition équitable des résultats et surtout ancrage territorial. Depuis lors, les coopératives ont essaimé avec succès : elles sont présentes aujourd’hui dans de nombreux secteurs de l’économie comme l’agriculture, le commerce et la banque et prouvent qu’une autre façon d’entreprendre – plus juste, plus durable et plus responsable – est possible.

Dans les coopératives agricoles et de commerçants, ce modèle d’entreprendre et de vivre l’économie autrement suit également une logique vertueuse : celle de se regrouper pour mieux produire, mieux partager et mieux consommer ! Des aspirations essentielles aux yeux des consommateurs, toujours plus nombreux à être aujourd’hui en quête de sens. Si bien que ce modèle représente une réelle puissance économique dans le monde. En 2024*, les trois secteurs les plus investis par les coopératives en France sont : le commerce de détail (129,45 milliards d’euros de chiffre d’affaires consolidé), ’agriculture / l’agro-alimentaire (118,69 milliards d’euros de chiffre d’affaires) et les banques coopératives (80,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires). Et cela, on le sait moins !

Si l’opinion publique plébiscite les valeurs du modèle coopératif, elle sous-estime toutefois son importance et méconnaît ses apports concrets. C’est l’une des principales conclusions de l’étude « Les coopératives, un modèle d’avenir », menée en 2025 par la Fédération nationale des Caisses d’Epargne (FNCE). À la question « Quelles sont les valeurs qui vous sembleraient nécessaires pour un monde meilleur ? », les Français citent en priorité quatre valeurs cardinales du modèle coopératif : l’égalité, l’entraide et la solidarité, la démocratie, l’équité et la justice sociale. Et pourtant, les fondemements même de ce modèle sont peu connus : pour preuve, 71 % d’entre eux sont incapables de citer le nom d’une coopérative !

Alors collectivement, rendons justice au modèle coopératif. Il contribue bel et bien à construire un monde meilleur et durable. Et cela ne relève pas d’une simple question morale ou conceptuelle. Cette ambition est véritablement inscrite dans ses statuts. Le modèle coopératif est un modèle de copropriété, puisqu’il n’y a pas d’actionnaires extérieurs ; un modèle de juste répartition de la valeur, puisque l’argent est réinvesti au profit de la communauté ; un modèle régi par la démocratie participative, puisque les sociétaires et leurs représentants s’expriment selon le principe « une personne = une voix » : les décisions y sont prises de façon collégiale et au plus près des besoins locaux.

En ce sens, ce modèle répond particulièrement bien à une forte attente des Français, ce dont témoignent les toutes dernières données mesurées en 2026 par la FNCE. À la question « Quelle est selon vous la définition d’une entreprise utile ? », ils répondent que c’est avant tout une entreprise qui produit et recrute localement (à 36 %) et qui réinvestit ses bénéfices localement (à 30 %). 96 % d’entre eux précisent aussi qu’ils ont besoin d’accéder en moins de 30 minutes aux commerces et aux services essentiels du quotidien. Autant de besoins couverts par les coopératives, de l’assiette au portefeuille ! Au total, ce modèle contribue véritablement à une économie équitable, de réelle proximité, solidaire, au service des intérêts de ses membres et de l’intérêt général. Il ne sacrifie pas la rentabilité, mais il la met au service de finalités plus larges : l’inclusion, la solidarité, la durabilité. Il est aussi particulièrement adapté aux enjeux de notre temps car il inscrit son action dans le temps long. Aussi, les entreprises et associations coopératives ont véritablement un rôle à jouer dans le développement de notre pays et de ses territoires. Et il appartient à chacune et à chacun d’entre nous d’en devenir les ardents défenseurs.

Henri Godron, président du conseil d’administration de la Coopérative Biocoop

Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U

Alain Di Crescenzo, président de la Fédération nationale des Caisses d’Epargne

Sylvain Vial, directeur du développement Caisse d’Epargne

* source : Panorama des entreprises coopératives – édition 2026 – Coop FR