Emmanuelle Cosse préside l’Union sociale pour l’habitat depuis novembre 2020 et a été réélue en octobre 2024 pour un mandat de quatre ans. Ancienne ministre du Logement et de l’Habitat durable (2016-2017), elle a également été vice-présidente du conseil régional d’Île-de-France chargée du logement et secrétaire nationale d’Europe Écologie Les Verts.
FNCE : Pouvez-vous nous dresser un état des lieux de la situation du logement social en France aujourd’hui ?
Emmanuelle Cosse : Nous avons un tissu d’environ 600 acteurs d’une grande diversité de taille, de forme juridique et d’actionnariat. Certains pensent qu’il faudrait aller vers une homogénéité des organismes, mais je ne défends pas cette option. Je crois que les organismes de logement social sont le produit d’une histoire, de compromis, de modèles d’organisation adaptés à leur territoire et aux différentes situations économiques et politiques locales. On ne travaille pas et on ne propose pas les mêmes offres dans une métropole en zone tendue, en milieu rural ou sur le littoral sous pression touristique. Cela n’empêche évidemment pas les synergies. C’est finalement cela l’essentiel : trouver les modalités d’organisation qui nous permettent de répondre à notre époque, aux besoins de la France telle qu’elle est et telle qu’elle se transforme. En 2025, le Mouvement Hlm a montré son dynamisme et son envie de faire. Nous sommes revenus à des niveaux d’engagements importants, aussi bien en production neuve (103.000 agréments), qu’en reconstitution de l’offre dans le cadre du renouvellement urbain (près de 16.000 logements engagés) et bien entendu en réhabilitations lourdes.
FNCE : Dans le contexte actuel de crise du logement, quel message adressez-vous aux acteurs publics et privés pour reconstruire un pacte de confiance durable et donner aux bailleurs sociaux les moyens de leur mission ?
Emmanuelle Cosse : Avant toute demande, je rappelle à nos interlocuteurs gouvernementaux, comme à nos partenaires privés, que nous sommes des acteurs mobilisés pour produire. Notre spécificité, c’est d’être des propriétaires-gestionnaires attachés au temps long et à l’intérêt général. Donner des moyens au logement social, c’est s’assurer qu’ils seront investis pour produire une ville durable, abordable, vivable, grâce à des emplois non délocalisables. Dans la crise, notre rôle contracyclique est redevenu évident pour tous. Pour nous permettre de relancer l’économie par le logement, je continue de demander la suppression de la RLS (Réduction de Loyer de Solidarité) qui grève les capacités des bailleurs de plus de 900 millions par an. Nous avons également besoin de stabilité normative et fiscale pour mettre en œuvre les grandes transformations que nécessite la transition écologique. Et plus encore que ces questions financières et législatives, nous avons besoin d’un retour coordonné de la puissance publique comme pilote des politiques de logement.
FNCE : Au-delà de l’urgence de construire, le modèle du logement social doit se transformer pour répondre aux défis de la transition écologique et du « mieux vivre ensemble ». Quelle vision portez-vous pour demain ? Et comment l’Union sociale pour l’habitat peut-elle accompagner ce changement ?
Emmanuelle Cosse : Je n’oppose pas la construction -ou disons plutôt le production- à la rénovation. C’est bien le défi d’arriver à mener ces deux défis de front : produire du logement neuf ou quasi-neuf (c’est-à-dire parfois transformer radicalement l’existant comme avec la Seconde vie des bâtiments) et réhabiliter ce qui doit l’être. Pour cela, nous devons être aidés financièrement et accompagnés pour lever les freins règlementaires. C’est traditionnellement mon rôle de porter cette demande en direction des pouvoirs publics. Cela dit, en interne du mouvement Hlm, il nous revient également de transformer nos cultures professionnelles pour produire autrement, recoudre la ville sur la ville, travailler à la résilience climatique des tissus urbains. Et plus que tout, la mission que j’assigne à l’USH c’est d’aider les organismes à trouver des réponses urbaines, architecturales et sociales à une France qui vieillit, qui vit de plus en plus seule et qui modifie la géographie de ses zones d’emplois. La question que je me pose toujours est : pouvons-nous produire une société solidaire et dynamique dans l’adaptation au changement climatique ?
Face au risque d’une société figée ou du chacun pour soi en période de crise, les valeurs et les savoir-faire du Mouvement Hlm doivent aider notre pays à se réinventer !