INTERVIEW | “L’identité territoriale forte est la source des solutions de demain.”

Originaire de Bretagne, députée du Finistère et observatrice avisée des dynamiques locales, Mélanie Thomin réagit aux grands enseignements de l’étude Caisse d’Epargne « Les Français et leur territoire ». Pour cette élue de terrain, l’attachement affectif des Français à leur territoire est une force motrice pour l’avenir.

Mélanie Thomin est professeure de français, députée de la 6e circonscription du Finistère et présidente de l’Association nationale des Pôles territoriaux et des Pays (ANPP – Territoires de projet) depuis 2025.

Quel rapport avez-vous à votre territoire ?

Mélanie Thomin : Je suis une Finistérienne « pur beurre ». Chez moi, on dit avec fierté qu’on est « né, qu’on a grandi et qu’on travaille au pays ». Cette identité, c’est ce que je porte à l’Assemblée nationale. Avant la députation, j’enseignais à Quimper et j’étais déjà élue locale. Cet enracinement est le socle de mon engagement politique. Quand je suis à Paris, c’est cette fierté et les intérêts de ce « bout du monde où tout commence » que je défends avec force.

L’étude montre un attachement à un territoire caractérisé par sa culture et son histoire, plutôt qu’à un simple périmètre administratif. En tant que présidente de l’ANPP, que vous inspire ce résultat ?

Mélanie Thomin : Il confirme totalement notre vision ! Les Français sont attachés à leur cadre de vie, bien au-delà des simples découpages administratifs. L’action de l’ANPP, qui porte la démarche des Pays et des Pôles territoriaux, s’inscrit précisément dans cette réalité. Prenons l’exemple du Pays du Centre Ouest Bretagne (Pays COB), dont je suis très fière. C’est un bassin de vie de 80.000 habitants qui unit des populations à cheval sur trois départements – le Finistère, le Morbihan et les Côtes-d’Armor. Ce qui les lie, ce n’est pas une administration, mais une culture forte, des habitudes de vie et des combats communs, comme la défense de l’hôpital de Carhaix. En dépassant les frontières administratives, ces habitants s’unissent pour préserver leurs services publics et leur identité. C’est exactement ce que nous défendons à l’ANPP : des territoires de projet basés sur des bassins de vie cohérents, où l’on peut construire un avenir attractif.

Depuis 2023, les urgences de l’hôpital de Carhaix sont menacées.

L’étude révèle une forte demande des Français pour une « hyper-proximité » des services du quotidien à moins de 30 minutes. Quelle est la responsabilité des élus face à cette attente ?

Mélanie Thomin : Cette exigence de proximité à quinze ou trente minutes est la condition sine qua non pour préserver le cadre de vie et l’attractivité d’un territoire. Notre responsabilité d’élus est de garantir cet accès. Le maire, plébiscité dans l’étude, incarne cette confiance de proximité. Chaque fois que l’État s’en éloigne, en menaçant un service public essentiel comme une maternité ou des urgences, cela est vécu comme une injustice et brise le pacte républicain. En tant que parlementaire, je m’efforce de maintenir ce lien en restant accessible sur le terrain. L’hyper-proximité n’est pas un caprice, c’est une condition essentielle pour que des familles se projettent et fassent vivre nos territoires.

Comment réconcilier l’idéal écologique des Français avec leurs angoisses très concrètes sur le pouvoir d’achat ou l’emploi ?

Mélanie Thomin : C’est là que se situe le cœur du politique : nous devons proposer des solutions qui réconcilient, et non qui divisent. Face à une économie en pleine mutation, nous devons faire preuve d’une volonté politique forte pour réorganiser et relocaliser des filières stratégiques. Plutôt que d’opposer les modèles, il faut par exemple produire autrement pour garantir notre souveraineté alimentaire tout en respectant la biodiversité. Je suis persuadée que l’identité territoriale forte est la source des solutions de demain. C’est en s’appuyant sur les forces vives et les ressources locales que nous trouverons les voies d’un avenir plus durable et que nous pourrons redonner confiance.