ÉTUDE CAISSE D’EPARGNE 2026 : les Français et leur territoire



Qu'est-ce qu'un territoire ? Pour répondre à cette question, la Fédération nationale des Caisses d’Epargne a consacré sa quatrième étude prospective annuelle au sujet des territoires. Pour près d'un habitant sur deux, le territoire se définit moins par ses frontières que par son histoire et sa culture partagés. C’est un espace d'attachement profond, porteur d'attentes, de tensions, d’espoir et de défis à relever que nous ont fait partager les 5 000 Françaises et Français interrogés.  

Alain Di Crescenzo

Président de la Fédération nationale des Caisses d’Epargne

Plus qu’un code postal, une affaire de cœur 

Outre sa dimension géographique, pour 49 % des Français interrogés, le territoire se définit d’abord par son histoire et sa culture. Une « région où les habitants ont une histoire et des coutumes communes ».  

91 % des Français se disent attachés à leur territoire, autant physiquement que sentimentalement. La plupart sont des résidents de longue date : plus de la moitié vivent dans la même région depuis plus de 20 ans et 77 % s’y projettent dans l’avenir. Dynamique, accueillant, calme, solidaire… les mots utilisés par les Français pour décrire leur territoire sont majoritairement positifs.  

Pour plus d’un Français sur deux, le territoire auquel ils se sentent attachés – leur territoire – n’est pas celui dans lequel ils résident aujourd’hui, mais celui avec lequel ils ont noué des liens affectifs par le passé. 

L’hyper-proximité, attente n°1 des Français  

40 % des Français se sentent « chez eux » dans leur environnement immédiat – leur village, leur quartier, leur ville. Les autres se sentent tout autant appartenir à leur département, leur région, ou même à la France. En revanche, seuls 2 % considèrent l’Europe comme leur territoire moins que les 4% qui affirment se sentir « citoyens du monde » (4%). Quand on les questionne sur les commerces et les services essentiels, 62 % souhaitent un accès en moins de 15 minutes : une exigence qui fait écho au concept de « ville du quart d’heure » popularisé par l’urbaniste Carlos Moreno en 2016.  95 % estiment qu’un trajet supérieur à 30 minutes n’est pas acceptable et marque la limite à ne pas dépasser pour satisfaire les besoins du quotidien.  

Ceux qui font le territoire  

À l’échelle locale, l’« influenceur » qui compte n’est pas celui des réseaux sociaux : pour 53 % des Français, les élus sont les acteurs les plus influents du territoire. Parmi eux, le maire est plébiscité par 78 % des répondants, seul élu dont une majorité de répondants est capable de citer le nom. En ligne avec les autres enquêtes sur le sujet. Les Français considèrent d’ailleurs les collectivités locales comme les principaux moteurs du développement territorial, devant les entreprises.  

L’« entreprise utile » est d’abord celle qui produit et recrute « ici » : ces critères d’utilité (36 %) arrivent loin devant le soutien aux associations et au sport (13 %). Produire et recruter sur le territoire priment sur les engagements environnementaux ou sociétaux. Les 18-24 ans sont les seuls à placer le respect de l’environnement local comme première qualité d’une entreprise « utile » à son territoire. 77 % des Français affirment que les actions d’une marque ou d’une entreprise sur leur territoire ont un impact positif sur leur perception et leurs choix de consommation. Le succès de labels comme « Origine France Garantie » ou de marques régionales (par exemple « Produit en Bretagne ») en attestent. 

Plus d’un Français sur deux estiment que les entreprises devraient soutenir davantage les associations de leur territoire et plus d’un quart déclarent ne pas avoir une vision claire de ce sujet, renvoyant ainsi à la faible visibilité des petites et moyennes entreprises en matière de mécénat, alors même qu’elles représentent 97% du nombre des entreprises mécènes en France (chiffre ADMICAL).  

Et les banques dans tout ça ? Plus d’un tiers des sondés attendent qu’elles financent en priorité les entreprises locales, perçues comme un levier clé de croissance et d’emploi. Pour les 18-24 ans, la priorité va au financement du logement, reflet de leur confrontation directe à la crise immobilière et aux difficultés d’accès à la propriété. 

Je t’aime, moi non plus  

S’ils sont attachés à leur territoire, les Français jugent toutefois “l’ascenseur territorial” en panne. Seul un tiers d’entre eux estime que leur territoire est en développement et se portera mieux demain. 

28 % des Français voient dans la préservation de la biodiversité et des espaces verts la priorité n°1 sur leur territoire en matière de transition écologique locale, signe d’une attente de fond pour améliorer leur cadre de vie.  Prioritairement, les Français aspirent à un territoire « écologique » (35%), deux fois plus qu’à un territoire « productif » (20%) ou « connecté » (16%).  

Le logement et son coût s’imposent comme le premier handicap pointé par les Français (27 %), devant le sentiment d’insécurité (24 %), le manque de transports (22 %) et le déficit de dynamisme économique (20 %). Le problème des mobilités reste particulièrement aigu dans la « France périphérique », où l’absence d’alternatives à la voiture individuelle alimente dépendance et sentiment d’isolement.  

Mais cette photographie nationale masque de fortes disparités. L’analyse par taille d’agglomération dessine une France à deux vitesses. Dans les métropoles, et plus encore en agglomération parisienne, ce sont la densité et la pression économique qui dominent : le coût de la vie et du logement est cité par 31 % des habitants de la région capitale et 30 % de ceux des grandes agglomérations, au-dessus de la moyenne nationale. À l’inverse, dans la France rurale et les petites villes, les difficultés tiennent d’abord à l’isolement et au manque de services : 41 % des habitants des zones rurales dénoncent le manque de transports, tout comme 27 % de ceux des villes de 2 000 à 10 000 habitants, soit des niveaux deux fois supérieurs à la moyenne.  

Alors que les Français aspirent à des territoires plus « écologiques », leurs inquiétudes immédiates se concentrent sur le social et la sécurité. Le risque n°1 identifié reste l’insécurité et les incivilités (36 %), devant le chômage et la pauvreté (31 %) puis le vieillissement et le dépeuplement (30 %). L’environnement n’arrive qu’en quatrième position, signe d’un décalage entre l’idéal souhaité et les angoisses du quotidien. 

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