#Interview | « Ce qui compte, c’est d’être utile »

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Interviewés par WSBI (World Savings and Retail Banking Institute​), Jean Arondel et Florence Raineix, respectivement président et directrice générale de la FNCE, évoquent le passé, le présent et l’avenir des Caisses d’Epargne.

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La Fédération Nationale des Caisses d’Epargne, ou FNCE, est un des deux membres français du groupement européen des caisses d’épargne et des banques de détail, l’autre membre étant le Groupe BPCE. Forte des deux cents ans d’histoire des Caisses d’Epargne, fière de leur vocation coopérative, la FNCE envisage l’avenir avec confiance. Des défis majeurs doivent néanmoins être relevés pour que les Caisses d’Epargne continuent à être perçues comme des institutions financières utiles à la société française. La transition numérique est l’un de ces défis, l’inclusion des personnes et des territoires qui se sentent exclus en est un autre.

Jean Arondel
Jean Arondel

L’ambition des Caisses d’Epargne après deux cents ans d’existence

Parler avec deux personnes qui occupent une position importante au sein d’une association bancaire sans que des ratios coûts/bénéfices, des retours sur investissements et autres notions techniques soient évoqués est plutôt rare, mais d’emblée, Jean Arondel donne le ton : « en tant que Caisses d’Epargne, notre ambition est d’être utile,» dit-il, «notre place est auprès de nos clients, dans les régions, dans les villes, dans les communes rurales. Ce désir d’être utile, de proposer des services  simples, solides et durables est à la base de la création des Caisses d’Epargne en 1818 par Benjamin Delessert et le Duc de la Rochefoucauld-Liancourt : nous sommes là pour améliorer la qualité de vie des gens avec des solutions en matière d’épargne, de crédit-logement, de crédit d’investissement, etc.

Les Caisses d’Epargne françaises entendent renforcer leur utilité  en étant la banque du développement régional responsable, en poursuivant leur engagement dans la vie locale et en renforçant le dialogue avec les parties prenantes. »

 

Les Caisses d’Epargne  et les Banques Populaires forment un groupe commun, le Groupe BPCE. Comment se passe la cohabitation ?

Jean Arondel : Très bien ! Ce modèle d’organisation est assez répandu.  Prenons l’exemple de l’industrie automobile de Citroën et Peugeot, qui font partie du même groupe. Dans la pratique, les conseillers des Caisses d’Epargne et des Banques Populaires ont une autonomie totale et se font une saine concurrence qui nous oblige à rester vifs et dynamiques et qui est également, ne l’oublions pas, bénéfique aux clients : là où il y a de la concurrence, les clients ont plus de choix, un meilleur service et des prix plus attrayants. Cette concurrence commerciale n’empêche pas les deux réseaux bancaires de travailler ensemble, de faire cause commune pour mettre au point les offres de produits et services.  Cette collaboration est également très développée entre nos deux fédérations nationales. Nous  nous retrouvons souvent pour promouvoir nos modèles et l’intérêt de nos sociétaires respectifs au sein des grandes institutions françaises et internationales.

 

Les Caisses d’Epargne sont des banques coopératives. Est-ce que le régulateur tient suffisamment compte de cette spécificité juridique ?

Jean Arondel : Je tiens tout d’abord à signaler la qualité du travail que les régulateurs et superviseurs ont effectué pendant la crise financière qui nous a frappés. Si personne ne met en doute son rôle essentiel, il faut admettre une certaine tendance de la part du régulateur à traiter toutes les institutions financières de la même manière.

Il faut rappeler en permanence, surtout au niveau européen, que le modèle coopératif  est d’une grande vitalité et qu’il est, en comparaison avec le modèle capitaliste traditionnel, très jeune puisqu’il est né il y a 175 ans.  Une des spécificités de notre modèle est son caractère décentralisé. Nous apportons à nos clients des services de proximité. Nous avons un grand avenir devant nous, puisque notre modèle implique le sociétaire dans la vie de sa banque. Cela va bien plus loin qu’un simple dividende ou un intéressement aux bénéfices. Il s’agit d’un véritable sociétariat d’adhésion et de conviction.

Pour Florence Raineix, directrice générale de la FNCE, « notre modèle, notre organisation  sont en lien étroit avec les territoires et cela nous donne une force et une vitalité extraordinaires. Bien sûr, nous devons écouter, échanger en permanence, mais c’est ce qui nous permet d’être en phase avec les attentes de nos  clients, de nos parties prenantes, de réagir rapidement et de manière appropriée pour accompagner le développement économique et social des régions. Nous sommes en contact permanent avec de nombreuses organisations de terrain comme l’association « France Active », qui lutte contre l’exclusion par une pratique solidaire du financement des entreprises, « Le Rameau », une organisation qui a pour vocation d’encourager la co-construction de réponses innovantes aux besoins des territoires en favorisant les alliances entre les entreprises, les associations et les pouvoirs publics ou encore « BPW France », une association qui milite pour l’égalité entre les hommes et les femmes dans le monde du travail .
Un exemple de ce que ce dialogue permanent rend possible ? En zone rurale, la voiture est indispensable pour aller travailler. En tant que première banque du microcrédit personnel en France, nous avons développé en lien avec le constructeur automobile Renault une formule de location avec option d’achat pour des voitures neuves afin d’offrir à des publics fragilisés la possibilité de se rendre au travail en toute sécurité et sans se ruiner en frais de carburant et d’entretien.
Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. La Fédération nationale favorise le partage de l’information et des bonnes pratiques : des solutions qui sont mises en œuvre dans une région peuvent bénéficier ainsi à d’autres régions.

 

Florence Raineix
Florence Raineix

En tant que Fédération nationale, il est également de votre ressort de coordonner la relation avec les sociétaires. Est-ce que cette idée fait encore recette de nos jours ?

Florence Raineix : Cette idée est plus que jamais d’actualité. Il est clair que de nos jours, les gens ont besoin de s’exprimer et d’être entendus. Les réunions des administrateurs de nos sociétés locales d’épargne (SLE) et les assemblées générales de sociétaires sont un forum idéal pour cela. Mais l’animation de notre sociétariat va beaucoup plus loin. Elle prend des formes multiples qui, toutes, sont basées sur l’écoute et l’échange avec les sociétaires. Les Caisses d’Epargne peuvent se prévaloir d’un sociétariat dynamique et de grande proximité, où les sociétaires sont représentés par des administrateurs locaux engagés, qui portent leurs intérêts au plus près du terrain. Les Caisses d’Epargne ont adopté le statut coopératif seulement en 1999, ce qui en fait la plus jeune des banques coopératives en France. 20 ans ! C’est  l’âge où s’exprime la plus grande vitalité ! En seulement 20 ans, elles ont su tisser avec leurs sociétaires un lien particulier, à la fois solide, dynamique et porteur d’avenir.

 

Une grande organisation comme celle des Caisses d’Epargne ne peut pas se limiter aux frontières hexagonales. Qu’attendez-vous de l’Europe ?

Florence Raineix : nous attendons de l’Europe qu’elle soit en PROXIMITE avec les citoyens européens, à l’écoute de leurs préoccupations concrètes et qu’elle assure une cohérence et non une uniformité car la diversité est une grande richesse pour l’Europe si elle en fait une force. C’est un rôle que les Caisses d’Epargne remplissent quotidiennement vis-à-vis de leurs clients et sociétaires car ce sont des banques qui émanent des territoires. L’utilisation croissante des technologies numériques dans les services bancaires peut s’accompagner d’une perte de proximité. Alors que présence sur le territoire,  relation de proximité, ouverture à tous, contribution au développement local et partage des expériences qui ont un impact positif sont la raison d’être des Caisses d’Epargne. L’Europe devrait  avoir la même ambition.

Qu’est-ce que ESBG peut faire pour vous aider dans ces ambitions ?

Florence Raineix : Tout comme la FNCE joue le rôle de laboratoire d’idées au niveau national, ESBG doit faire circuler les bonnes idées et les pratiques innovantes et efficaces au niveau européen et les porter à la connaissance des décideurs économiques. Nous devons promouvoir l’image de la banque de proximité, qui accompagne le plus grand nombre de personnes et veiller à ce que nos activités soient conduites dans un souci de long terme et bénéficient à l’ensemble de nos parties prenantes.

Prenons l’exemple d’une problématique partagée au niveau européen, l’éducation financière, où nous sommes présents depuis 1957 grâce à notre association Finances et Pédagogie. Nous nous adressons à des publics fragilisés, en quête d’autonomie financière qui ont besoin de véritables explications, d’une approche didactique et apprenante et non d’un flot d’informations approximatives.  C’est là que nous apportons une véritable valeur ajoutée.

Nous devons mettre nos connaissances et nos savoir-faire en commun, puisque dans les différents pays européens, et au-delà de l’Europe, nous faisons face à des défis similaires. ESBG peut aider à promouvoir  vraiment l’Europe des citoyens, des territoires et des régions. 

Une dernière question à Jean Arondel. Vous êtes à mi-mandat. Quelles sont vos ambitions pour la FNCE et les Caisses d’Epargne en général ?

Jean Arondel : Nous devons absolument accompagner la transition numérique. Notre société change, sous l’impulsion, sous la pression des nouvelles technologiques, que nous le voulions ou non. A nous d’accompagner au mieux nos clients, nos collaborateurs et nos sociétaires. Mais au-delà, nous devons rester à l’écoute de la société, continuer à nous mettre au service des régions et répondre aux enjeux de transition énergétique, d’emploi, de solidarité.  L’ambition de la Fédération nationale est de porter et développer le projet coopératif des Caisses d’Epargne, en étant à leurs côtés, en les accompagnant dans le mouvement de transformation important qu’elles vivent. Nous allons poursuivre le développement de nos missions opérationnelles en étant aussi le lieu d’échange privilégié et de dialogue entre les Caisses d’Epargne.

 

Source : www.wsbi-esbg.org (version anglaise)