Gagnons la bataille de l’inclusion par l’emploi

Thibaut Guilluy - Essentiel #1

ESSENTIEL, le podcast qui donne la parole aux entrepreneurs pas comme les autres, des entrepreneurs qui ont mis l’humain au centre de leur projet. Dans ce premier numéro, Cédric Turini, responsable de la RSE de la Fédération nationale des Caisses d’Epargne, interroge Thibault Guilluy, Haut-Commissaire à l’emploi et à l’engagement des entreprises au sein du Ministère du travail.

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Vous êtes engagé de longue date en faveur de l’insertion et de l’emploi, est-ce que vous pouvez nous présenter votre parcours ?

Thibaut Guilluy :  Après des études en management et en commerce, je me suis lancé directement dans l’aventure entrepreneuriale au service de l’intérêt général en créant Sport sans frontières (Play international). Cette ONG sportive internationale favorise à la fois l’accès au sport comme outil d’éducation et aussi l’insertion professionnelle. L’objectif, créer un levier pour redonner confiance à des jeunes qui étaient en difficulté. C’est comme ça que je me suis plongé dans l’insertion.

Depuis, j’ai accompagné le groupe ARES, qui est un groupe d’entreprises d’insertion. ARES vise à accompagner les personnes vulnérables par le travail en les aidant à retrouver leur autonomie et leur dignité. Ces entreprises sont des tremplins qu’on a montés avec mes équipes dans le domaine de la logistique, du digital, de l’économie circulaire. Notre but était de montrer que l’on peut concilier performance et humain.

Quelle est votre mission en tant que Haut-commissaire à l’emploi et à l’engagement des entreprises ?

Thibaut Guilluy : Je pense que quand on est acteur de l’économie sociale et solidaire, on a à la fois un attachement très fort à agir dans le concret, c’est-à-dire avoir des résultats, avoir de l’impact, aussi minime soit-il… et en même temps, on aspire forcément à changer le monde dans lequel on vit, à essayer de l’améliorer, à essayer de contribuer à ce qu’il y ait plus de justice sociale. En étant un acteur de l’ESS…, on a aussi une action politique.

C’est vrai que ces 2-3 dernières années, fort des 20 ans d’expérience concrète dans l’entreprenariat social et dans l’entreprenariat pour l’insertion, j’ai voulu mettre ça à disposition des politiques publiques. J’ai ainsi rejoint le Ministère du travail en constituant le Conseil pour l’inclusion dans l’emploi, qui est finalement un action tank qui permet de co-construire les réponses aux vulnérabilités. Cette expérience a pris un certain tournant depuis le 17 mars 2020 puisque j’ai été nommé Haut-commissaire à l’inclusion dans l’emploi et à l’engagement des entreprises, et maintenant à l’emploi et à l’engagement des entreprises.

Dans cette nouvelle fonction, mon rôle c’est d’accompagner, au niveau du gouvernement, l’ensemble des politiques qui permettent d’aller vers une société plus inclusive.

Pour moi, cela passe par deux éléments. Tout d’abord, permettre à chacun de construire un parcours par l’accompagnement, la formation et l’accès au travail, dans le domaine du handicap, dans le domaine de l’insertion par l’activité économique, dans le domaine de la création d’activité économique, par le travail indépendant, … il y a plein de domaines sur lesquels il faut que nous musclions nos politiques publiques pour aider chacun à pouvoir trouver sa place.

Ensuite, il faut travailler sur l’engagement des entreprises. Comment on amène progressivement cette société, ce marché du travail, les entreprises, à développer leur pratique inclusive, c’est-à-dire être capable d’accueillir la singularité, la diversité, comme une force pour leur entreprise.

Vous avez cité l’engagement, le sens, l’impact, autant de valeurs de l’ESS. Quel rôle le gouvernement compte donner à l’ESS dans ce plan de relance ? Et particulièrement sur le volet jeunes que vous pilotez ?

Thibaut Guilluy : On parle de plan de relance, j’aime bien aussi parler de plan de transformation. En effet, on ne va pas redémarrer comme on est rentrés dans la crise. Je pense qu’il faut qu’on en tire un certain nombre de leçons. Ce plan de relance est l’occasion d’accélérer les transitions digitales, les transitions écologiques, de favoriser la cohésion sociale… trois priorités clés sur lesquelles nous construisons nos actions.

Par exemple, Olivia Grégoire, la Secrétaire d’Etat à l’Economie Sociale et Solidaire, veille à ce que les acteurs de l’économie sociale et solidaire soient au cœur de ce plan de relance, dans tous les domaines (éducation, transition écologique, relocalisation industrielle, emploi…).

Concernant l’emploi, nous agissons avec Elisabeth Borne au niveau du Ministère du travail sur deux piliers :

Pourquoi ? Parce que ce sont toujours les personnes les plus vulnérables et les jeunes qui payent le plus lourd tribut lors des situations de crise. L’opération “Un jeune Une solution”, c’est l’expression d’un refus du gouvernement, un refus que nous souhaitons collectif de ne pas sacrifier une génération. Pour réussir cela, nous voulons mobiliser un plan inédit de 7 Mds€. L’objectif est double :

  • Permettre de développer l’emploi, de développer les opportunités dans la formation professionnelle, de développer les opportunités dans l’engagement, dans le service civique, avec 100 000 places supplémentaires qui vont aller irriguer tous les acteurs de l’ESS 
  • Faire en sorte qu’il n’y ait plus un seul jeune qui se retrouve sur le carreau et sans accompagnement.

C’est tout le sens du développement de la Garantie Jeune, et de toutes les mesures d’accompagnement renforcé avec Pôle Emploi. Les jeunes doivent avoir à la fois un accompagnement et un soutien financier, pour ne pas être dans l’extrême précarité qu’on leur connait.

 Il y a quelques temps, les Caisses d’Epargne, leur Fédération et les Campus de l’inclusion était réunis au Ministère du Travail pour signer un accord de partenariat. Comment se positionne ce programme des Campus de l’inclusion dans ce que vous venez de nous décrire ?

Thibaut Guilluy  : J’ai l’intime conviction que nous ne pouvons résoudre les défis sociaux, sociétaux et environnementaux que si on est dans une démarche de co-construction qui part de la société civile. Le rôle de l’Etat et des pouvoirs publics est tout simplement de les accompagner.

C’est ça l’esprit “d’Un jeune Une solution”, mobiliser tous les employeurs, les entreprises, les acteurs de l’ESS pour faciliter à la fois le recrutement des jeunes et leur engagement dans l’inclusion.

Toutefois, il faut bien reconnaitre que l’inclusion est encore quelque chose qui n’est pas si évident que ça à appréhender pour les entreprises qui ont beaucoup d’autres priorités à gérer.  Faire le lien et permettre de promouvoir l’inclusion, c’est le rôle du Campus de l’inclusion. En effet, il a pour vocation de finalement former et accompagner concrètement l’ensemble des dirigeants de ce pays à agir inclusif :

  • Comment acheter inclusif,
  • Comment recruter inclusif,
  • Comment même innover inclusif,
  • Comment inventer des services inclusifs.

Le but du campus est d’être en capacité de réconcilier les performances économiques opérationnelles et les performances sociales partout sur le territoire. Sur ce sujet, le soutien de la Caisse d’Epargne dans cette dynamique-là est absolument précieux.

En quoi est-ce important pour vous, de compter parmi vos partenaires les Caisses d’Epargne ?

Thibaut Guilluy  : C’est toute l’histoire de la Caisse d’Epargne que de croire au collectif. En effet, le modèle coopératif c’est de se mettre ensemble au service du développement économique et social des territoires. Cela fait très longtemps que les Caisses d’Epargne portent cette vision-là, c’est dans leur ADN. Ces valeurs inspirent et accompagnent les actions que nous menons au Ministère du travail. C’est donc tout naturellement qu’on se retrouve d’abord sur ce plan-là.

Ensuite, sur l’action concrète, parce que les Caisses d’Epargne, ce sont des Caisses locales qui innervent tous les territoires dans toute leur diversité, il est précieux pour nous de pouvoir s’appuyer sur leur mobilisation, pour pouvoir aller à la rencontre des chefs d’entreprise et leur dire qu’ils ne sont plus tous seuls et qu’on peut les accompagner à devenir inclusifs et à mettre du sens dans la performance.

C’est une chance formidable pour le Campus de l’inclusion de compter parmi ses partenaires la Caisse d’Epargne… un allié de taille pour devenir un pays totalement inclusif.

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